Note du fondateur

M et mme Fyssen 4

Le Fondateur Monsieur Héraclios FYSSEN s’est particulièrement intéressé à la compréhension scientifique des questions fondamentales citées dans sa note, jusqu’à son décès en 1982.
Son épouse, Madame Alice H. FYSSEN lui a succédé à la présidence de la Fondation jusqu’à son décès en 2003.

Au moment où la Fondation Fyssen, grâce à sa reconnaissance d’utilité publique est devenue effectivement un instrument de travail scientifique, j’ai jugé bon de présenter la genèse de l’idée qui préside à sa création.

Intéressé dès ma jeunesse par la philosophie, surtout celle des Grecs, et par les sciencesbiologiques, j’en ai été tenu éloigné par une longue vie d’industriel de l’électronique. J’ai surtout pendant longtemps été fasciné par l’effort de Platon pour créer une science du raisonnement qu’on appelle, depuis Aristote, la “logique”.
Toutefois, la réflexion que je n’ai jamais cessé de poursuivre m’a amené à considérer sous un nouvel éclairage l’originalité de la méthode platonicienne.
En effet, j’ai découvert que le raisonnement n’était pas né avec les Grecs, qu’il n’était pas né davantage avec le langage écrit, mais, comme le suggère l’anthropologie, qu’il est commun aux hommes d’autrefois et de maintenant, à l’adulte comme à l’enfant, aux “primitifs” comme aux “civilisés”.Puis j’ai commencé à réaliser que les processus logiques précédaient l’homme de beaucoup, puisqu’on les retrouve, sous le nom de processus cognitifs avant même l’apparition du langage, chez les primates et chez d’autres espèces animales que les éthologistes étudient depuis un certain temps. Enfin, j’en vins à comprendre que ce que j’appelais “logique” était une propriété des êtres vivants supérieurs. J’arrivai ainsi par ma réflexion, au bord des problèmes passionnants ; mais, n’étant ni savant ni philosophe, je ne pouvais les traiter moimême. L’idée me vint alors de faire, grâce aux quelques possibilités matérielles dont je dispose, ce que je ne pouvais entreprendre par mes propres recherches
Je décidai donc de créer une Fondation. Encouragé par l’approbation des scientifiques de renom auxquels je m’adressai, j’ai obtenu par décret du 20 mars 1979 la création de la Fondation FYSSEN :

“dans le but de promouvoir sous toutes ses formes la recherche et l’étude scientifique des mécanismes logiques du comportement chez les êtres vivants ainsi que leur développement ontogénétique et phylogénétique”.

Ce programme implique qu’on étudie les facultés qui permettent à un être vivant d’établir des rapports, de constituer des règles pour prévoir des comportements à venir et de faire émerger des solutions imprévues. En particulier, ce programme suppose l’investigation scientifique de cette faculté grâce à laquelle l’animal propose intérieurement un ensemble de solutions sans être obligé de les essayer extérieurement l’une après l’autre. Le prodigieux gain de temps qu’elle permet parait essentiel à la survie de certaines espèces et doit être étudiée pour sa valeur adaptative. De ces facultés, nous ne savons ni où elles sont situées, ni en quoi elle consistent exactement nous ignorons en quoi elles sont spécifiques des êtres supérieurs, nous ne savons même pas si elles existent sous une forme autonome. Le vaste domaine d’étude ainsi ouvert n’est pas désigné aujourd’hui que par des mots vagues, quasiment métaphysiques (raisonnement, “insight”, induction, analogie, cognition, etc …) ; il n’est couvert que par une multitude d’observations méticuleuses mais qui ne vient lier aucune théorie générale. Le but de la Fondation est de soutenir toutes les recherches qui permettront de rendre rigoureux et précis ce domaine fondamental mais encore peu exploré.

Nul ne peut savoir quelles disciplines seront les plus fécondes dans les années à venir pour l’étude de ce vaste domaine. Toutefois, tout indique, à mon sens, que priorité devrait être donnée pour commencer à l’éthologie, à l’anthropologie et à la neurobiologie.

Dorénavant, les décisions scientifiques de la Fondation ne m’appartiendront plus ; c’est pourquoi j’ai voulu par cette note, formuler une fois encore, l’intuition qui m’y a conduit.

Puisse cette Fondation à la fois servir le progrès des sciences et remplir le voeu de son fondateur.

H. FYSSEN, octobre 1979